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· «Les filiales des banques étrangères mieux préparées»
· Des chantiers dans la tourmente
· La démarche s’avère complexe car inédite
Après avoir fait la part belle à leurs projets risque de crédit, les établissements ont progressivement pris conscience de l’enjeu réel que représentent les chantiers risque opérationnel, aussi bien dans le cadre de leur allocation de fonds propres que dans celui de leur organisation. «Cette prise de conscience, bien que tardive, amplifiée par un calendrier réglementaire de plus en plus pressant et par une diminution progressive des besoins liés aux chantiers risque de crédit, a finalement eu les effets positifs tant attendus», affirme un analyste risque d’une banque filiale d’une banque française. Depuis plus de quatre ans, les établissements financiers se sont attelés à la mise en œuvre de la phase II des accords bâlois, instaurant de nouvelles règles harmonisées de gestion des risques et d’adéquation des fonds propres. Après une première étape permettant de niveler par le haut la gestion industrielle et statistique du risque de crédit (une des composantes du ratio de solvabilité McDonough), ils doivent démontrer la mise en œuvre effective de la maîtrise des risques opérationnels (facteur humain, catastrophes naturelles, actes terroristes…) dans les actes de la gestion quotidienne. «Cette démarche s’avère autrement plus complexe car inédite, et s’appuie sur des données peu ou pas disponibles au début de la réforme», estime un chargé du projet Bâle II d’une banque marocaine. D’aucuns tentent de finaliser leur cartographie des risques afin de pouvoir consolider l’intégralité des données qualitatives et quantitatives recensées durant de longs mois. Indiscutablement techniques et passionnants, ces chantiers ont néanmoins clairement démontré que le risque opérationnel pouvait également être un sujet laborieux, du moins lors de phases de mise en œuvre à grande échelle. D’autres, parfois plus sereins quant à leur dispositif qualitatif, se heurtent aux problématiques classiques de la quantification que sont le manque de données sur certains types de risques ou dans certains secteurs d’activité, l’élargissement du processus de collecte des pertes aux déclarations de données non comptables, mais également la fiabilisation de ces données de perte avérées au travers de rapprochement comptabilité-risque. A ce titre, il va sans dire que la nouvelle cohabitation Finances-risques imposée par l’essence même du texte de Bâle II n’est pas sans complexifier ces travaux. Depuis le début de l’année, les banques doivent indiquer le type de démarche qu’ils ont entrepris pour limiter ces risques: basique, standard ou avancée. De ce point de vue, les établissements au Maroc sont a priori tous logés à la même enseigne. Ils démarrent tous avec la méthode de base. A l’étranger, la situation est différente car l’hétérogénéité des approches risque de créer des distorsions de concurrence: certaines entités, filiales disposant de ressources plus importantes et d’informations plus riches auront mis en place une démarche plus ambitieuse que les autres. Si le régulateur impose la mise en place d’un dispositif de maîtrise des risques, il n’a pas pour autant vocation à valoriser une démarche par rapport à une autre. Une conformité à minima ou une divergence par rapport à son secteur d’activité peut en effet nuire à l’image de l’entreprise. «Il serait tentant d’estimer que tous auraient intérêt à appliquer la méthode la plus avancée de maîtrise des risques», considère Yvan Allioli, expert français en risques opérationnels. Mais ce n’est pas si simple. Il faut avoir un historique suffisant des pertes liées à des risques opérationnels (5 ans ramenés à 3 ans lors de l’adoption initiale de la méthode avancée) permettant de développer des modèles d’évaluation internes: analyse des courbes de distribution des évènements, prise en compte de différents niveaux d’exposition… Quoi qu’il en soit, les établissements qui n’atteindront pas l’excellence à temps disposent d’un recours. Ce calendrier a été conçu pour permettre aux retardataires de se replier sur l’approche basique et de définir une trajectoire de mise en conformité spécifique. Par ailleurs, il est nécessaire de présenter en détail les nouveaux objectifs et trajectoires pour passer d’une démarche «de base» de gestion des risques opérationnels à une démarche plus sophistiquée «avancée». Si, par contre, la banque décide de faire une approche «pas à pas», elle peut opter pour l’approche standard et appliquer certains éléments de l’approche «avancée». Ainsi après avoir stabilisé son savoir-faire et être certaine de ses mesures, la banque pourra évoluer d’une manière plus saine vers l’approche la plus fine d’analyse de ses risques.
Saïd MABROUK
Source: Leconomiste |