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Contrôleur de gestion: Un «flic» redouté dans l’entreprise
•Les profils financiers n’ont plus le monopole de la fonction
•Des frictions permanentes à gérer avec les opérationnels
Le contrôle de gestion est relativement récent au Maroc, comparé aux autres fonctions classiques de l’entreprise. Il date du début des années 80. Aujourd’hui encore, la fonction reste le privilège des grandes organisations, alors que les PME en sont encore au stade de mise en place de quelques-uns de ses outils tels que la comptabilité analytique ou le système budgétaire. Le contrôleur de gestion provient le plus souvent d’une école de commerce option finances. Il peut également être titulaire d’un DESCF menant à l’expertise comptable ou d’un DESS en finances, indique Mohamed El Ouarrari, directeur administratif et financier chez Volvo Maroc. Toutefois, tous les contrôleurs de gestion que nous avons interrogés le confirment: les lauréats des écoles d’ingénieurs sont également très prisés parce qu’ils sont appréciés pour leur esprit d’analyse et de synthèse et pour leur capacité d’adaptation. Mais, tempère Hicham Sentissi, responsable reporting et controlling chez Siemens Maroc, les ingénieurs n’ont pas l’habitude des bilans comptables qu’ont les financiers et même avec de l’expérience, ils ne rattrapent pas facilement les six ou sept ans d’avance qu’ont sur eux les financiers sur ce plan-là. Il n’y a pas une voie unique pour accéder à la fonction, diverses formations y mènent. Les attributions du contrôleur de gestion sont multiples. En homme de chiffres, il conçoit et anime les tableaux de bord de l’entreprise et réalise régulièrement des reportings pour la direction générale ou la maison mère lorsqu’il travaille dans un groupe. Il participe à l’élaboration des objectifs particuliers et généraux, met en place les budgets et établit des indicateurs de performances.Il calcule les écarts entre les prévisions et les réalisations et recherche la cause de ces écarts. Une fois les causes déterminées, il suggère les mesures à apporter afin d’améliorer les performances.“A ce titre, le contrôleur de gestion joue un rôle stratégique. Il s’assure que l’ensemble des conditions sont mises en œuvre pour que l’entreprise dégage les résultats escomptés, compte tenu des moyens engagés, conformément à la stratégie définie”, explique Mariam Dahmane, vice-présidente de l’Association des contrôleurs de gestion du Maroc (ACG Maroc). Pour ce qui est de sa position dans l’entreprise, le contrôleur de gestion est soit rattaché au directeur administratif et financier, soit au directeur général. Dans les grandes entreprises bien structurées, il assume lui-même des responsabilités hiérarchiques, en supervisant différents services (la comptabilité analytique et le système budgétaire, voire le système d’information). “Le fait de devoir rendre à temps les reportings est stressant et il nous arrive de passer des nuits blanches de travail”, témoigne Hicham Sentissi. Mais pour beaucoup, la fonction est une véritable passion. N’est-il pas excitant de prendre part aux décisions qui sont prises au plus haut niveau de l’entreprise? En quelque sorte, le contrôleur de gestion détient un pouvoir non négligeable et il a son mot à dire sur le pilotage de l’entreprise, ce qui est évidemment très motivant.Position inconfortableComme dans toutes les fonctions, le contrôle de gestion a son lot de difficultés. En effet, comme l’explique Abdelghani Bendriouch, enseignant chercheur à l’ISCAE, le contrôleur de gestion est amené à toucher à tout.Ce qui ne manque pas de créer des frictions avec les responsables opérationnels. La difficulté de la fonction est exacerbée par le fait que le contrôleur de gestion n’a pas d’autorité hiérarchique sur les fonctions avec lesquelles il travaille, ce qui peut le mettre dans une position inconfortable. Il est parfois perçu comme un intrus. Afin d’éviter ce genre de problèmes, le contrôleur de gestion doit être diplomate, fin, bon communicateur. Par ses qualités humaines et ses compétences techniques, il doit s’imposer coûte que coûte. Il est indispensable qu’il ait une maîtrise totale du métier de l’entreprise, reconnaissent les responsables interrogés par l’Economiste. “Les opérationnels doivent comprendre que le contrôleur de gestion n’est pas là pour les inspecter, les fliquer ou les sanctionner et qu’il a au contraire un rôle d’assistance et de conseil”, explique Hicham Sentissi. Evidemment, l’aide de la direction générale lui serait précieuse. Cette dernière doit montrer qu’elle soutient la fonction et la valorise. Cet appui devant être effectif et inclure les moyens requis par la fonction, y compris les compétences humaines, insiste Abdelghani Bendriouch. Pour l’efficacité de son travail, le contrôleur de gestion doit s’appuyer sur un système d’information fiable et disponible. “Nous avons besoin d’une information rapide, pertinente et juste. Pour cela, le système d’information de gestion doit être informatisé et les nouveaux moyens de communication (intranet et internet) intégrés”, soutient Abdelghani Bendriouch.Rémunérations variablesDans les grands groupes internationaux, le contrôleur de gestion a le statut de directeur fonctionnel, rattaché directement au président, et perçoit par conséquent la rémunération et les avantages en relation avec cette position. Au Maroc, la pratique est loin d’être identique. La position, la rémunération et les avantages sont très variables. Dans les sociétés semi-publiques et les grandes entreprises dans lesquelles la fonction est bien assise, la rémunération et les avantages sont souvent conformes à celles d’un directeur. Dans ces cas-là, le salaire brut annuel dépasse les 500.000 DH. Cependant, il s’agit là d’une minorité car la majorité des contrôleurs de gestion dans les autres structures sont plus jeunes et ont des salaires annuels qui sont souvent inférieurs à 240.000 DH. “Il faut dire aussi que la plupart du temps, il s’agit là de contrôleurs de gestion juniors, dont le rôle est souvent réduit aux travaux budgétaires et à quelques reportings de gestion”” relève Bendriouch. A noter aussi que les salaires proposés pour un poste de contrôleur de gestion industriel sont supérieurs en règle générale à ceux proposés pour un poste de contrôleur de gestion commercial. Les perspectives de carrière sont intéressantes. Un contrôleur de gestion peut devenir directeur du département contrôle de gestion, ou directeur administratif et financier. En revanche, il prétendra plus difficilement au poste de numéro un (DG).
Article de l'économiste du 14/02/2005
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